Pierre Morsa

Management et productivité : travailler mieux, pas plus

La spécialisation comme axe de création de valeur ???!!!

Récemment, une société bien connue a mis la spécialisation de ses Ressources au sein de ses priorités. La spécialisation ferait partie des ingrédients magiques qui permettraient de soutenir la croissance, de créer de la valeur, de se différencier. Mais est-ce vraiment le cas ? Si vous travaillez dans une société poussant ce modèle, voici trois raisons de ne pas choisir cette voie pour votre carrière : les pandas, l’Asie et le Portefeuille.

Des pandas et de la spécialisation
Les pandas, ces sympathiques animaux au pelage bien particulier, se caractérisent par leur mode d’alimentation extrêmement spécialisé ; en effet, ils se nourrissent exclusivement de pousses de bambou. Conséquence directe, leur destin dépend de la survie de cette petite plante. Lorsqu’il n’y a plus de bambou à un endroit, ils sont obligés de se déplacer. Lorsqu’il n’y a plus de bambou du tout, ils meurent. Aujourd’hui, le panda est devenu le symbole du WWF.

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Cette sur-dépendance à un élément clé, les travailleurs spécialisés des chaînes de montage l’ont vécue à leurs dépens, frappés de plein fouet par les vagues de délocalisation des grands groupes qui leur ont coupé leur source de travail.

L’Asie ou l’impact de la Mondialisation sur les Spécialistes
C’est évident, c’est normal, cela devait arriver aux travailleurs des chaînes de montage, c’est la logique économique. Mais en tant que cadre chez un Intégrateur de Systèmes d’information, cela ne vous concerne pas. Faux. Regardons du côté de l’Asie (1). Je vous présente Manish. Manish est Indien, il a réalisé ses études dans d’excellentes écoles et est un brillant ingénieur travaillant dans une usine de développement IT à Bangalore. Sa société est classée comme leader dans le Quadrant Magique du Gartner (2) et il fait la même chose qu’un Européen. La différence : il le fait pour 10 fois moins cher. Lui et ses collègues ont déjà pris en charge les activités de développement qui étaient autrefois assurées localement dans de nombreuses Entreprises Occidentales.

Bon, ça peut s’appliquer aussi aux spécialistes IT, mais en tant que Col Blanc, Cadre supérieur ou Consultant de haut niveau cela ne vous concerne pas. Faux… Si vous choisissez la voie de la spécialisation. Manish a une Cousine, et celle-ci est devenue une financière de haut vol ; elle analyse aussi bien les comptes des grandes sociétés, elle trouve aussi efficacement les opportunités de réduction des coûts que ses collègues Américains. Réaliser une tâche spécialisée de haut niveau ne vous met pas à l’abri de la délocalisation.

Et le médecin spécialiste en neurochirurgie, alors ? Comment se fait-il que les gens continuent à se faire opérer en Europe et aux Etats-Unis ? Premièrement, ce n’est pas la spécialisation qui fait sa valeur, mais la rareté de celle ci. Deuxièmement, c’est l’empathie et la relation de confiance qu’il instaure entre lui et son patient qui font la différence. La preuve : pourquoi préférez vous le docteur qui a passé du temps à vous écouter lui expliquer vos symptômes et qui s’est montré compréhensif à celui qui vous a fourni un remède standard, qui fonctionne pourtant tout aussi bien ?

Le Portefeuille… de compétences de l’entreprise
Si cette spécialisation a des impacts négatifs, alors pourquoi une Entreprise visionnaire commet-elle l’erreur de choisir cette voie ? Parce que pour elle, ce n’est pas une erreur. Elle possède un atout inaccessible aux individus qui la composent : la gestion d’un portefeuille de compétences. Une Entreprise de grande taille, bien gérée, ne va pas se spécialiser dans une seule voie ; elle va gérer une diversité de profils, en investissant dans les spécialités qui montent et en abandonnant les spécialités devenues inutiles. La spécialisation, qui représente donc un risque pour l’individu, est donc en revanche un atout formidable pour une entreprise voulant augmenter sa compétitivité… à court terme.

Car à long terme, la spécialisation ne crée pas de valeur. Les solutions fournies devenant de plus en plus facilement comparables pour le Client, les compétiteurs cherchent à se différencier par le prix, ce qui a pour cause directe de faire chuter les marges et d’éliminer les acteurs n’ayant pas réussi à réduire les coûts de production.

La spécialisation : une voie à choisir… avec prudence
Pour les personnes choisissant la spécialisation comme voie de différentiation, les risques sont donc nombreux :
* La spécialisation nous met à la merci du changement. Et le moment venu, le changement ne fera pas la différence entre un travailleur manuel, un agriculteur, un Col Blanc ou un Panda.
* Elle peut augmenter notre valeur sur le marché… mais jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que le service soit proposé par une société délocalisée ou que la demande pour cette spécialité diminue. C’est donc un pari très risqué.
* Enfin, la spécialisation a un effet pervers ; elle risque de nous enfermer dans un «silo mental» qui nous empêche d’utiliser au mieux nos autres dons, tels que la créativité, la vision globale et les émotions, qui sont pourtant des éléments déterminants pour notre succès futur et la création de valeur par l’innovation.
Ne nous vendons pas sur le marché comme spécialistes ; c’est une image qu’on attrape vite, et dont il est très difficile de se débarrasser lorsqu’un changement s’impose.

(1) Rendons à César ce qui est à César : le concept de «Asia» comme force de transformation de notre monde est tirée du livre «A Whole New Mind - Why Right Brainers Will Rule The Future», de Daniel L. Pink.
(2) Ceci n’est pas une validation ni une adhésion aux études de Gartner de ma part…

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1 Comment so far

  1. […] Dans l’article «La spécialisation comme axe de création de valeur ?» j’ai mis en avant les bénéfices que la spécialisation des métiers procure à court terme aux Entreprises, mais également le risque qu’elle fait peser sur les Employés occupant des postes spécialisés, qu’ils soient peu ou hautement qualifiés. […]

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