Le duel du mois : 235 jours de travail contre travail intelligent

Les cadres français suent cet été, et pas à cause du soleil. Non, ce qui les fait transpirer, c’est la perspective de voir 17 jours de vacances transformés en 17 jours de travail par la magie de la loi sur la réforme du temps de travail.
Lancer un nouveau débat entre les 218 ou les 235 jours ou les 200 jours ou les 365 jours, c’est sans fin. Pourquoi pas plutôt organiser un duel ? Pour affronter les 235 jours, il fallait un challenger. C’est le “travail intelligent” qui s’est porté volontaire. Le travail intelligent, c’est l’acte de remplacer nos mauvaises habitudes de travail par de bonnes habitudes qui nous permettent d’être réellement productifs au boulot.
En 6 rounds ces deux combattants vont devoir se départager autour d’une question : lequel des deux permet de gagner le plus de temps de travail ?
Round 1 : l’e-mail
Dans ce premier round, nous abordons un des problèmes majeurs du cadre moderne : l’e-mail. En effet, la majorité des cadres vérifient leur e-mail plusieurs fois par heure, avec comme conséquence une interruption répétée des tâches en cours. Or toutes les études démontrent que le temps nécessaire pour redevenir productif après une interruption est de plusieurs minutes.
La solution “travail intelligent” : vérifiez vos e-mails deux fois par jour maximum, et traitez-les immédiatement. Ne laissez pas d’e-mail traîner dans la boîte aux lettres pendant des jours. N’hésitez pas à faire des réponses courtes et à supprimer tout de suite les e-mails non sollicités.
Résultat : cela varie selon les personnes, mais compter 30 minutes par jour n’est pas exagéré. L’air de rien, ça fait quand même plus de deux jours complets de travail gagnés par an. Dans ce premier round, le travail intelligent ne marque pas beaucoup de points, les 235 jours continuent de dominer le duel.
Round 2 : le temps de transport
Attaquons-nous à une des habitudes les mieux ancrées dans nos méthodes de travail classiques : le temps de transport. Le schéma classique pour des millions de cadres en France, c’est se lever -> passer en mode Zombie voyageur -> travailler -> repasser en mode Zombie voyageur -> se coucher. Si vous devez vous déplacer sur plusieurs sites pendant la journée, c’est encore pire.
La solution “travail intelligent” : se lever -> travailler -> profiter du temps de déplacement économisé -> se coucher. Le télétravail rend cette solution possible. Vous aurez toujours besoin de vous déplacer sur votre lieu de travail régulièrement, mais si vous économisez 1h de déplacement par semaine, en un an vous économisez plus d’une semaine de travail complète !
Bonus Karma : vous économisez le coût du transport, vous évitez de polluer la planète, vous décongestionnez le trafic aux heures de pointe, vous diminuez le coût du loyer des bureaux, et vous diminuez votre niveau de stress.
Résultat : jusqu’à 20 jours de travail gagnés par an. On va être conservateur et compter 10 jours par an. Le travail intelligent fait très fort dans ce deuxième round. Même si les 235 jours continuent de dominer, ils sont ébranlés.
Round 3 : le téléphone
Le round 3 s’attaque à une autre cause d’interruptions fréquentes : décrocher son téléphone à n’importe quel moment de la journée.
La solution “travail intelligent” : lorsque vous faites une tâche qui demande de ne pas être interrompu, mettez votre téléphone sur messagerie. Si cela vous stresse, commencez par des périodes courtes. Vous vous rendrez rapidement compte que couper votre téléphone pendant une heure n’a aucune conséquence fâcheuse. Mieux, préférez l’e-mail pour tout ce qui ne demande pas une action immédiate et fixez un créneau précis avec votre interlocuteur pour les discussions plus longues.
Bonus Karma : en utilisant mieux le téléphone, non seulement vous augmentez votre productivité, mais en plus vous augmentez celle de vos collaborateurs.
Résultat : on va compter le même temps gagné que pour l’e-mail, à savoir 30 minutes par jour. Le temps de travail intelligent n’a pas marqué beaucoup de points lors de ce round, mais les 235 jours accusent le coup.
Round 4 : les réunions inutiles
Là ça va faire mal. Un grand nombre de cadres remplissent tout leur agenda avec des réunions. Or cela ne laisse plus de place pour accomplir des tâches bien plus importantes, comme par exemple prendre du recul ou s’occuper des problèmes de fond.
La solution “travail intelligent” : remplissez votre agenda au maximum à 50%, ce qui est déjà beaucoup. Essayez de regrouper les réunions et de les limiter, par exemple à la matinée. Si vous n’avez pas pu assister à une réunion, demandez qu’on vous envoie le compte-rendu. Dans tous les cas, n’allez pas à une réunion si elle n’a pas été préparée correctement (ordre du jour, objectif clair, durée fixée, …).
Bonus Karma : l’air de rien, lorsque vous passez moins de temps en réunion, votre productivité personnelle se retrouve boostée comme par magie. Les problèmes qui traînaient depuis des mois commencent à se résoudre, vous commencez à être en avance pour des tâches que vous faisiez toujours à la dernière minute. Au début, vous pouvez même vous sentir complètement désemparé devant une telle augmentation de votre efficacité.
Résultat : on va tabler sur une réduction du temps de réunion de 4h par semaine, ce qui représente 4 semaines par an, soit pratiquement un mois de travail complet ! Les 235 jours vont au tapis. Ils se relèvent péniblement mais sentent qu’ils n’ont plus aucune chance de gagner ce match.
Round 5 : Internet
Depuis que nous sommes connectés en permanence, Internet est devenu une source importante d’interruptions : fils RSS, messagerie instantanée, etc. On peut même dire que face à l’obligation de prester de longues heures de travail, c’est devenu une alternative pratique au travail pour certains cadres.
La solution “travail intelligent” : coupez Internet pendant une partie de la journée. Attendez quand même d’avoir fini de lire cet article.
Résultat : 1h par semaine, et c’est très conservateur. Ce qui fait environ 10 jours par an. Les 235 jours retournent au tapis, ont un joli oeil au beurre noir et ont la narine droite qui saigne. Allez, plus qu’un round avant la fin du match.
Round 6 : les meetings inutiles.
Pour le dernier round, attaquons-nous à ces meetings d’une journée ou plus régulièrement organisés par les Entreprises. Aller systématiquement à tous les meetings sans se demander ce que cela va réellement nous apporter est une autre source de perte de temps importante.
La solution “travail intelligent” : trois bonnes raisons pour ne pas perdre son temps à un meeting :
- Il aborde des tas de sujets de manière superficielle.
- Ne vous permet pas de faire du “réseautage” efficace. Des meetings ou vous êtes assis toute la journée sans pouvoir parler à vos collègues ont peu de chances de vous apporter quelque chose d’utile.
- Votre absence n’est pas perçue comme un acte d’insubordination. Si vous savez que votre Boss vous pourrira la vie si vous n’y allez pas, allez-y, même si ça concerne la culture des olives en Provence. Mais dans ce cas il est peut-être temps de trouver un autre Boss.
La solution de 10 minutes : demandez à quelqu’un de vous raconter ce qui s’est dit au meeting. Vous vous rendrez compte de (1) à quel point peu d’informations utiles sont retenues à l’issue d’un meeting et (2) que les points essentiels sont probablement disponibles ou déjà connus. Vous avez fait en 10 minutes ce qui a demandé une journée complète à d’autres.
Résultat : 1 jour par an (on imagine que votre entreprise n’organise pas ce genre de meetings très souvent, et que certains meetings sont intéressants). Sur ce dernier coup, les 235 heures ne se relèvent même plus, ils restent couchés en regardant le ciel.
Bilan
Il est l’heure de faire les comptes du temps de travail gagné par an.
- Gain “e-mail” : 2 jours
- Gain “Transport” : 10 jours
- Gain “téléphone” : 2 jours
- Gain “réunion” : 20 jours
- Gain “Internet” : 10 jours
- Gain “Meetings” : 1 jour
- Gain Total : 45 jours par an pour le travail intelligent
+17 pour les 235 jours, +45 pour le travail intelligent. Le travail intelligent gagne par un éblouissant KO technique. Ces 45 jours ne sont pas fictifs, ils existent bel et bien, ils proviennent de l’augmentation de la valeur créée par heure de travail au lieu de l’augmentation bête et méchante du temps de travail.
Enfin, il faut mentionner le super-bonus Karma : d’un côté nous avons les 235 jours, qui vont être perçus comme une régression sociale et vont être très mal vécus par les cadres. De l’autre côté, nous avons une solution qui va diminuer le stress des cadres, augmenter la productivité horaire, améliorer les conditions de travail et le niveau de satisfaction global. Il n’y a pas photo.
Conclusion : une opportunité unique pour les entreprises de se différencier et d’attirer les meilleurs talents
La capacité d’une entreprise à attirer les meilleurs est un facteur de compétitivité bien plus important que quelques jours de travail. Entre une société aux 218 jours travaillant de manière moderne et une société passée aux 235 jours, le choix va être vite fait pour les cadres les plus brillants. Il reste maintenant aux entreprises de choisir leur camp.
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