Pierre Morsa - Un guide de la nouvelle réussite

Analyse des techniques d’art oratoire du débat Barack Obama - John McCain

Le débat entre John McCain et Barack Obama a donc bien eu lieu. J’avais prévu de le regarder, mais finalement je me suis endormi ! Heureusement, youtube est mon ami et je l’ai regardé en différé.

Encore une fois, je ne me prononcerai pas sur le fond du débat, mais uniquement sur la forme.

Le regard

Ah la question du regard, elle déclenche les passions, preuve de la charge émotionnelle très intense que porte le regard. Bizarrement, et pour la première fois dans un débat télévisé, John McCain n’a pas du tout regardé Barack Obama pendant tout le débat. Les interprétations de cette attitude sont diverses selon les deux camps évidemment, mais au final le consensus est que ce comportement donne l’impression que McCain n’est pas à l’aise et n’ose pas faire face à Barack Obama.

La voix

Obama a une voix pour être orateur. Sa voix est calme, posée, grave (il est plus agréable d’écouter une voix grave qu’une voix aiguë) et projette une image de confiance et de force. La voix de John McCain était moins assurée au début, probablement à cause du stress. Ce manque d’assurance a vite disparu et McCain a été beaucoup plus convaincant lors de la fin du débat.

Le rythme

De ce côté, il c’est Obama qui a eu le défaut de faire trop de pauses durant ses interventions. Ne pas parler trop vite est important pour ne pas paraître nerveux et laisser à son auditoire le temps de tout assimiler, mais trop de pauses casse la dynamique du discours. Obama a également quelques “euh” parasites pour combler le silence lorsqu’il réfléchit. Le truc pour éviter les “euh” est assez facile à maîtriser mais peu connu : il faut continuer à garder le contact visuel. Regardez bien Obama, chaque fois qu’il dit euh, il regarde vers le bas, il se déconnecte de son audience.

La position du corps et les gestes

Les deux candidats sont des orateur confirmés, aucun n’a donc une mauvaise position ou des gestes déplacé. Cependant si on regarde bien les détails, on peut remarquer que John McCain est plus souvent les bras collé au podium, alors que Barack Obama a des gestes plus expressifs et semble un peu moins crispé.

La rhétorique

Vous avez raison, MAIS : cette figure a été utilisée 9 fois par Obama durant son discours. Il commence par reconnaître qu’il partage certains éléments du discours de John McCain, et enchaîne directement par un “MAIS…”, où il explique quelles sont ses différences de point de vue. Cette façon de procéder dans une réplique fait apparaître Obama comme étant plus constructif et sincère. Cependant il ne faut pas en abuser sous peine de donner l’impression d’être trop peu combatif ou de ne pas être capable de trancher.

Utilisation d’images qui marquent l’esprit : ce n’était pas le point fort de ce débat. Les candidats auraient tous les deux pu utiliser des images beaucoup plus frappantes. Voici néanmoins deux perles relevées par Bert Decker :

Je regarde Putin dans les yeux et j’y lis trois lettres : KGB. — John McCain

Vous voulez utiliser une hache alors que vous avez besoin d’un scalpel. — Barack Obama

Spin : le spin est une façon de déformer les faits pour qu’ils correspondent à votre vision. Par exemple, présenter des chiffres de manière partielle et hors contexte est un spin. Il n’y a pas eu de spin spectaculaire durant ce débat. Un des meilleurs exemples de spin a été donné par Ronald Reagan. Il savait que son âge était un désavantage pour lui. Il savait qu’il ne convaincrait personne en disant qu’il n’était pas trop vieux. Alors il a eu ce spin génial : “Je ne ferai pas de mon âge un point de ma campagne. Je n’exploiterai pas l’inexpérience de mes concurrents pour des raisons politiques.” En une phrase, il a transformé une faiblesse en force. Ceci dit, je déteste cette tactique car elle ne fait que dégrader la qualité d’un débat.

Mode pitbull : John McCain était beaucoup plus agressif. Il a fait beaucoup plus d’attaques directes sur Barack Obama. Ce dernier n’attaque directement que très rarement. Obama préfère en général parler de désaccord entre John McCain et lui. Mon avis ? Montrer trop d’agressivité directe n’est pas une bonne tactique.

Toucher son auditoire : chaque candidat a bien fait attention de mettre les individus au centre de leurs discours. Ils ne s’adressent pas à l’Amérique au général, mais à la classe moyenne, aux pompiers, aux travailleurs. Ils doivent choisir entre être trop générique et ne toucher personne et être trop précis et ne toucher qu’une toute petite partie de leur public. C’est un des points clés pour ne pas paraître froid et distant.

Conclusions

Le consensus au lendemain semble être que le débat a légèrement fait progresser Barack Obama. Le débat, cependant, a beaucoup parlé de politique étrangère, et ce n’est visiblement pas la préoccupation principale des américains à l’heure actuelle.

Plus que les autres débats entre les deux candidats à la présidence, je suis beaucoup plus intéressé par le débat entre Sarah Palin et Joe Biden, les deux possibles futurs vice présidents.

Qu’en disent les autres ?

J’ai fait un rapide tour des experts en communication sur le Web. Les avis convergent sur un point : ce débat était peu animé, et n’a probablement pas énormément influencé les voteurs.

Bert Decker, un spécialiste en communication qui a l’habitude de donner une analyse assez objective des candidats des deux partis, pense que le débat était plutôt favorable à McCain car il s’en est finalement mieux sorti que ce que prédisaient la majorité des observateurs.

Les autres avis qui ont été publiés sont plus sujet à caution, car ils sont tous publiés par des analystes avec un parti pris évident pour les Républicains ou pour les Démocrates.

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Déjà 4 commentaires

  1. Denis SABARDINE septembre 27th, 2008 23:42
    MyAvatars 0.2

    Pierre,

    Merci pour cette note; C’est fou comme les humains peuvent prendre plaisir à “s’analyser”! La prochaine fois que je parlerai en public, mieux vaudra oublier ce fait, ou alors on n’ose plus rien dire!! Bravo pour le temps et la passion que tu mets dans ce blog. A bientôt,
    Denis

  2. Pierre Morsa septembre 28th, 2008 08:53
    MyAvatars 0.2

    @Denis : merci pour tes encouragements :)

    Je pense que le fait que tout le monde analyse tout le monde prouve que ça ne sert à rien d’y penser avant de parler.

    Comme le disait un de mes professeurs d’art oratoire, quand on parle il faut être “ici et maintenant” aussi bien physiquement que mentalement. Cela veut dire qu’il faut se focaliser sur et s’ouvrir à ce qui se passe dans le moment présent, au lieu de penser à ce qu’on a préparé avant (et dans ce cas ça génère des “euh”) ou de penser à la conclusion future (et là ça génère du stress).

  3. Booster votre influence octobre 9th, 2008 04:56
    MyAvatars 0.2

    Barack Obama ou l’art oratoire en action…

    Il est toujours important de savoir s’exprimer en public, et pour l’instant, Barack Obama est en train de casser la baraque aux States. Pierre Morsa, sur son blog, a écrit quelques articles décrivant les techniques utilisées.
    Comparées au pit-…

  4. MyAvatars 0.2

    […] je voulais analyser chaque débat comme le premier , mais cela s’est avéré inutile. En effet, après avoir regardé le face à face entre […]

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