Pierre Morsa – Améliorer le monde, une idée à la fois

Essayer de faire boire un âne qui n’a pas soif [Ideas on Stage]

Il arrive de devoir réaliser des présentations pour convaincre un large auditoire sceptique. C’est ce que font les hommes et femmes politiques en permanence, que leur public soit face à la tribune ou derrière l’écran de télévision.

Lorsqu’on présente devant un large public qui ne nous est pas acquis, la tentation est grande de vouloir convaincre tout le monde. Le problème avec cette stratégie est simple : c’est impossible. Parmi ce public, il y aura toujours une proportion de personnes opposées à vos idées et dont l’objectif ne sera pas de vous écouter, mais bien de trouver les moyens de vous faire échouer en attaquant et en décrédibilisant votre message. De manière générale, plus le sujet que vous aborderez sera affaire de sentiments, de croyances et de valeurs, plus la virulence de vos opposants sera grande. Cette partie du public est comme un âne qui n’a pas soif. Vous pouvez essayer de faire ce que vous voulez, jamais il ne changera d’avis.

En essayant de faire boire l’âne qui n’a pas soif, vous allez vous épuiser. De plus, comme vous n’allez en fin de compte convaincre personne, vous allez vous montrer inefficace, ce qui n’est pas vraiment l’image que vous voulez passer. De plus, en vous adressant en priorité à ces personnes, vous faites leur jeu, vous allez épuiser tout votre temps sur des arguments futiles. Le pire, c’est que se faisant vous aller donner du poids à vos opposants et vous aller multiplier les occasions pour eux de s’exprimer.

Que devez-vous faire à la place ?

Premièrement, concentrez-vous sur la part des indécis, les personnes qui ne sont actuellement pas favorables à vos idées mais qui restent suffisamment ouvertes d’esprit pour se rallier à votre cause si vous vous en montrez digne. Parmi ces indécis, les plus précieux sont les leaders d’opinion, ces personnes qui sont elles-mêmes capables de faire changer d’avis d’autres indécis pour qu’ils se joignent à vous.

Deuxièmement, respectez-les. Une erreur classique est de passer son temps à démontrer à ses opposants qu’ils ont tort. Attaquer un large groupe renforce automatiquement sa cohésion. Au lieu de cela, cherchez plutôt à aborder le problème sous un angle nouveau et inattendu et faites des propositions qui vous rapprochent de votre public. Comme par exemple ce leader syndicaliste qui réalisait une présentation devant des étudiants d’une grande école de management. Il savait qu’il allait affronter un auditoire hostile. Alors plutôt que d’attaquer avec sa rhétorique classique qu’il savait inefficace dans cette situation, il s’est présenté comme un chef d’entreprise, son entreprise étant son syndicat. En prenant le point de vue de son auditoire au lieu de le combattre, il a immédiatement diminué le niveau d’hostilité de ses opposants.

Il est tout à fait normal d’avoir des opposants. Vous devez vous inquiéter dans deux cas : si tout le monde est contre votre idée, c’est peut-être qu’elle est vraiment mauvaise, ou en tout cas qu’il faut la présenter autrement. À l’opposé, si personne n’est contre votre idée, c’est qu’elle n’est pas suffisamment forte pour soulever des passions.

6 commentaires

A lire aussi :

Déjà 6 commentaires

  1. Mathieu avril 2nd, 2009 22:23
    MyAvatars 0.2

    Bonjour,

    Ne pas se focaliser sur l’opposant, adopter le point de vue pour mieux convaincre… me fait penser à l’aikido.

    Mon professeur d’aikido, (patricia Guerri), nous apprend à exécuter les mouvements en étant saisis très fermement.

    En ne se focalisant pas sur la partie de notre corps saisie et en tournant librement autour de l’adversaire pour nous harmoniser avec lui, nous arrivons, quelques soient le nombre et la force de nos assaillants, (du moins à de haut niveau de pratique) à les neutraliser.

    Dernier article de Mathieu : Les choses que l’on aiment… et les autres

  2. Jikeb avril 3rd, 2009 14:43
    MyAvatars 0.2

    Analyse très pertinente en effet, je tâcherais de m’en souvenir! :)

  3. Mathieu avril 3rd, 2009 20:14
    MyAvatars 0.2

    Une petite vidéo pour illustrer mon propos…

    Dernier article de Mathieu : Pas d’opposition

  4. Thierry avril 4th, 2009 06:01
    MyAvatars 0.2

    sinon le truc c’est de reperer les “opinion leader” du groupe; le reste suivra

  5. Pierre Morsa avril 4th, 2009 18:07
    MyAvatars 0.2

    @Mathieu : tout à fait, le parallèle avec l’aikido et les sports qui utilisent la force de l’adversaire est excellent.

    Et face à un auditoire, on est souvent seul face à des dizaines, des centaines ou des milliers de personnes. Il vaut mieux ne pas utiliser la force brute !

  6. Pierre Morsa avril 4th, 2009 18:09
    MyAvatars 0.2

    @Jikeb : merci, j’espère que cela pourra t’être utile.

    @Thierry : oui, cela aide, mais si les opinion leaders sont parmi les ânes qui n’ont pas soif, alors une tactique de rechange possible consiste à les isoler.

Laissez une réponse