Ça y est, le patron présente sa nouvelle stratégie. Et bien sûr cette stratégie est sensée être incarnée par la mission qu’il dévoile fièrement : maximiser la valeur !

Je lève le doigt pour poser une question : « si notre mission est de maximiser la valeur, cela implique donc qu’il y a une valeur maximum. Quelle est-elle ? »

Le boss me regarde comme si je venais de Mars. Non, plutôt d’Alpha du Centaure. En tout cas tout dans ses yeux traduit le merlan frit qui ne comprend pas pourquoi on pose une question. « Ça ne se calcule pas, dit-il c’est pas aussi simple. Ça veut dire qu’il faut faire tout pour que la valeur soit la plus haute. »

Il s’imagine probablement que je vais en rester là, mais non, aujourd’hui je suis d’humeur taquine alors je poursuis. « Vous voulez dire que vous nous assignez une mission mais que vous êtes incapable de fixer un objectif précis ? »

Là, il commence à s’énerver un peu. « Mais si voyons, nous allons déterminer la valeur maximum à atteindre sur une série de plusieurs critères ». Il commence à employer des gros mots comme best practice, benchmark et balanced scorecard. Je m’étonne qu’il n’arrive pas à placer « communauté d’expert » qui semble être la tarte à la crème à la mode en ce moment dans les entreprises.

Je pose une autre question : « Mais alors, une fois qu’on aura atteint la valeur maximum, ça veut forcément dire que ça ne peut plus évoluer vers le haut, mais seulement vers le bas. Notre mission est donc d’amener l’entreprise au point auquel sa valeur va commencer à décroître ? »

Je ne me souviens plus de ce qui se passe après. Il me semble qu’il y a eu des cris, puis un événement terrible, style le boss qui explose en envoyant des bouts partout dans la pièce, c’était horrible mais à ce moment mon réveil a sonné et je me suis réveillé.

Deux heures plus tard je suis au boulot. J’ouvre mon mail, et dans ma boîte de réception attend une invitation de mon boss pour présenter sa nouvelle stratégie.

De mon côté mon objectif est d’arriver à écrire un article dont le titre est plus long que le texte.

14 commentaires

Déjà 14 commentaires

  1. Gilles mars 2nd, 2010 13:26
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    Merci pour ce truculent petit billet d’humeur qui m’a beaucoup amusé – same method applies here… (sic)

  2. Pierre Morsa mars 3rd, 2010 07:16
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    @Gilles : de rien ;)

    Pour avoir été consultant pendant des années, je sais que ces petites phrases sont très répandues dans les entreprises…

  3. Julien Coquet mars 3rd, 2010 09:49
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    Merci Gilles, j’ai bien ri ;-)

    Pour détendre l’atmosphère, je propose une partie de bullshit bingo!

  4. Gilles mars 3rd, 2010 09:58
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    @Julien : Redde Caesari quae sunt Caesaris (rendons à César…) -> Merci Pierre ! :)

  5. Julien mars 3rd, 2010 16:15
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    Génial! Ne pas oublier qu’une telle stratégie ne saura s’implémenter parfaitement que si l’on adopte un esprit d’équipe « win-win » orienté client…

  6. Pierre Morsa mars 3rd, 2010 18:19
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    @Julien : content que ce petit billet t’ait fait rire.

    @Gilles : j’ai dû arrêter le latin après la deuxième année tellement j’étais nul dans cette discipline…

    @re-Julien : évidemment ça va de soi, win-win orienté client pour tirer parti de l’effet de levier de l’optimisation transversale du décloisonnement des métiers.

  7. steeve mars 3rd, 2010 23:56
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    en plus du gagnant-gagnant (ah oui dans la mienne malgré des anglicismes dans toutes les bouches celui la n’est pas passé …), vous n’aurez pas manqué : « et le tout sous forme de SOLUTIONS » car non ne ne faisons plus des produits mais des solutions et des services … ah oui ? mais chef c’est qui qui fait les produits !? mais nous voyons ! sinon comment on va augmenter notre valeur !!! mais on vend des solutions : compris ! Et puis c’est pas toi qui doit comprendre c’est le client ! S’il comprend il va me faire gagner gagner de la valeur, et après l’actionnaire valorisé, tu seras récompensé. Je t’ai déjà parlé des SFC : Support Fonction Cost, il faut que je t’en parle car si les productivités ne sont pas au rendez vous en 2010 il faudra faire un effort de ce coté la, en 2009 ça a bien marché regarde on faite 15% EBIT avec une perte de 17% de CA alors que tout le monde s’est cassé la gueule, alors tu vois qu’on a augmenté notre valeur, et tu , oui toi , tu travailles chaque jours à la maximiser, mais en effet a force tu feras parti des SFC à réduire pour finir cette optimisation …. une mode formidable

  8. infofiltrage mars 7th, 2010 20:01
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    Je reconnais bien là les limites locutrices de l’auteur de cette petite phrase amusante, qui démontre l’inconsistance politique face à l’économique, surtout devant un parterre de patrons tout puissants.
    Pour le fond du message, c’est clair : les économies de l’État se feront par la suppression de la moitié des fonctionnaires ce qui permettra de moins taxer les bénéfices des sociétés. Du coup le « maximum » se précise, mais là où tu te réveilles, moi je me couche.

  9. Ramos mars 9th, 2010 23:13
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    Excellent billet comme à ton habitude mon cher Pierre.
    D’autant que plus on progresse dans la hiérarchie plus on assiste à une sorte d’inflation verbale…

  10. Pierre Morsa mars 10th, 2010 08:02
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    @infofiltrage : j’ai inventé la phrase, mais celle-ci pourrait se retrouver dans la bouche de nombreuses personnes…

    @Ramos : merci :)

  11. infofiltrage mars 11th, 2010 09:46
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    @Pierre,
    Ah oui, c’est juste, j’ai confondu avec :
    « la valeur économique d’une entreprise ne change pas de seconde en seconde, de minute en minute, d’heure en heure… Pour mesurer à quel point cette comptabilité peut être absurde il suffit de savoir qu’avec le système de la valeur de marché une entreprise en difficulté peut enregistrer un bénéfice comptable du seul fait que la dégradation de sa signature diminue la valeur de marché de sa dette »

  12. Pierre Morsa mars 14th, 2010 07:06
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    @infofiltrage : je vois mieux où tu veux en venir …

  13. Kayman mars 23rd, 2010 14:56
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    Tu connais sûrement ça :

    http://brother.blogs.com/

    ‘ti extrait :

    NOS MISSIONS
    Nous adressons les problématiques clients afin d’implémenter des dispositifs transversaux opérants et structurants et les aidons ainsi à développer leurs potentiels de valeur ajoutée.

    Une référence !

    Bon, faut que je retourne à la maximisation du profit client…………………

  14. Pierre Morsa mars 25th, 2010 10:22
    MyAvatars 0.2

    @Kayman : oui j’avais déjà entendu parler de Brother & Brother, excellent !

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