En juin dernier Tony part faire de la voile à l’île de Wight. Il mérite cette pause car ces derniers jours ont été particulièrement stressants au boulot. Les problèmes se sont accumulés et les vautours de la presse ont commencé à s’en mêler.

Quelle n’est pas sa surprise de voir, le lendemain, s’étaler sa photo dans tous les journaux. Les titres varient, mais tous tournent autour de la même idée : « Le PDG de BP Tony Hayward préfère faire de la voile plutôt que de s’occuper de la marée noire ». Il faut dire que Tony Hawyard n’a pas choisi de faire dans la discrétion. Sûr de lui, il s’est montré à un événement prestigieux organisé par la banque d’affaires JP Morgan, s’exposant ainsi à la vue de dizaines de journalistes qui à cet instant précis auraient aimé le voir les mains dans le cambouis plutôt que sur le pont d’un Yacht.

À ce moment BP touche le fond en matière de communication de crise. Et chez BP, lorsqu’on touche le fond, on ne s’arrête pas ; on creuse pour trouver du pétrole. Et le 20 juillet un blogueur américain découvre que BP a trafiqué les photos de sa communication de crise avec Photoshop. Et en plus, c’est même pas bien fait, comme dirait l’autre.

Comment peut-on imaginer qu’une société telle que BP, qui a littéralement mis des milliards sur la table pour gérer cette crise, puisse en arriver là ? Analyse des erreurs de communication qui ont fini par pousser Tony Hayward à démissionner.

1. Trop d’argent.

Cela peut paraître incroyable comme raison, mais cela s’explique : avoir trop d’argent, donne l’impression aux dirigeants qu’ils peuvent tout résoudre simplement en y mettant le prix. Malheureusement, l’argent es probablement le pire moyen pour juger de l’efficacité d’une bonne communication de crise. Et celle-ci ne peut être efficace tant qu’il n’y a…

2. … Pas d’authenticité

Pourquoi trafiquer des photos avec Photoshop ? Pourquoi ? Pourquoi ? Si vous retouchez des images pour « faire vrai » et que le public s’en rend compte, il va perdre toute confiance en vous.

De la même manière, si M. Tony Hayward, le PDG, s’était authentiquement préoccupé de la catastrophe, il n’aurait pas été faire de la voile en plein milieu de la crise.

La communication de crise se distingue nettement de la communication publicitaire dans ce domaine. La publicité doit faire rêver et pour se faire peut se permettre de prendre des libertés avec la réalité. Une communication de crise doit au contraire être la plus authentique et sincère possible.

3. Une bonne communication n’existe pas sans bonne gestion

On ne peut être authentique que si on a réellement quelque chose à montrer. Autrement dit, la communication de crise de BP aurait été bien plus simple s’ils s’étaient correctement préparés à faire face à ce type de situation.

Il faut arrêter d’attendre des miracles de la communication ; elle n’est que la facette médiatique d’une bonne gestion globale de la crise, qui implique les équipes sur le terrain et le management de l’entreprise. Si au bout du compte les résultats ne sont pas au rendez-vous, aucune communication ne pourra vous sauver.

4. Sur-promettre

Cette erreur est tellement classique qu’on pourrait s’attendre à ce qu’elle n’arrive plus. Pourtant, sous la pression beaucoup de sociétés commettent encore ce faux pas. Ainsi dans les premiers jours de la catastrophe BP avait promis que la fuite serait colmatée en quelques jours. Au fil des heures, puis des jours, puis des semaines, il est apparu clairement que BP avait fait des promesses impossibles à tenir.

En matière de communication de crise, la règle d’or est de ne communiquer que des informations fiables à 300%.

5. L’Angleterre et les États-Unis, deux pays séparés par une langue commune (G. Bernard Shaw)

Lors de présentations il est essentiel d’établir la connexion avec son public avant de commencer à délivrer son message. Mais pendant toute la crise, Tony Hayward a toujours eu du mal à comprendre la culture des États-Unis et en particulier de l’état de Louisiane, le plus touché par la marée noire. Résultat ? Il est toujours apparu comme froid, distant et complètement déconnecté de la population locale.

Conclusions

C’est facile de tirer sur l’ambulance. Englué dans sa vision du monde, Tony Hayward n’a jamais réussi à se mettre à la place des personnes à qui il s’adressait. Finalement, plus encore que la mauvaise gestion du problème sur le terrain, ce sont les erreurs stratégiques de communication de crise qui l’ont décrédibilisé et précipité son remplacement par Robert Dudley.

Si vous pensez que BP et son bientôt ancien patron ont retenu les leçons de cet échec de communication, je vous propose de réfléchir aux dernières mesures prises par Tony Hayward avant son départ : s’assurer qu’il aura bien droit à un parachute doré qui devrait avoisiner les 18 millions (source : le Monde). Chassez l’authenticité, elle revient au galop…

9 commentaires

Déjà 9 commentaires

  1. MyAvatars 0.2

    [...] This post was mentioned on Twitter by Dev Perso, Pierre Morsa. Pierre Morsa said: Le naufrage de la communication de crise de BP http://bit.ly/cJsD7U [...]

  2. laurent juillet 27th, 2010 18:53
    MyAvatars 0.2

    Bonjour Pierre,

    Il me semble voir un intrus dans votre présentation:
    communication-argent-authenticité-gestion-promesse.
    Mais lequel ?

    Cordialement

  3. Pierre Morsa juillet 29th, 2010 11:25
    MyAvatars 0.2

    @laurent : ça dépend du point de vue.

    En tout cas la communication de crise de BP n’aurait probablement pas été si mauvaise, voire bonne, si le PDG n’avait pas montré aussi peu de considération pour la catastrophe.

  4. Benoit Ouellet août 1st, 2010 00:33
    MyAvatars 0.2

    Très bon billet Pierre,

    il est paradoxal de voir combien ces méga-compagnies peuvent investir des centaines de millions pour leurs images et que de l’autre côté on lésine sur les investissements pour assurer la qualité et la sécurité des installations. ET quand ça pète, arrive la crise. Que fait-on alors? On investit encore plus de millions dans l’image avec l’espoir, naïf, que cette « belle » image cachera (ou éliminera)le problème ou le scandale.

    C’est le genre de réflexe qu’un enfant de 5 ans aura s’il casse un beau vase et qui vient vous voir tout doucereux et mielleusement gentil. Et que lui disons nous à cet enfant rendu si subitement angélique? « Mais dis-moi donc, qu’est-ce que tu as fait? » (Il y a quelque chose qui cloche!).

    Le public peut être naïf mais il n’est pas toujours con. Comment les hauts dirigeants de ces multinationales milliardaires et nos politiciens peuvent-ils être si déconnectés? Hum… J’aurais bien quelques réponses à suggérer mais comme je suis de bonne humeur et en vacance je me tairai.

    Cette brève, mais pertinente, analyse en 5 petits points touche directement au coeur du problème ou révèle la clé du succès en affaires: confiance et authenticité.

    Gestion de crise? Mais quelle crise? Après tout ce ne sont que quelques millions de tonnes de pétrole perdues dans l’eau.

    Entre sarcasme et désespoir mais éternel optimiste, je me dis que nous verrons peut-être bientôt une nouvelle race de dirigeants qui sauront allier « image » , respect et « responsabilité ».

    Benoît

  5. Pierre Morsa août 7th, 2010 07:16
    MyAvatars 0.2

    @Benoît : merci pour ce long et très utile commentaire.

    Je ne pense même pas que Tony Hayward ait voulu nous prendre pour des cons. Je pense qu’il est tellement déconnecté de la réalité des personnes qui ont subi la marée noire qu’il n’a jamais compris pourquoi il suscitait autant de réactions hostiles…

  6. jc1 août 19th, 2010 16:45
    MyAvatars 0.2

    Bonjour,

    Il y a du spam dans l’entête du blog. A moins que vous fassiez de la pub pour des médicament pour des problème d’érection.

    Tiens la GTD, elle fait quoi dans ce domaine ? ;)

    S’il y a besoins d’automatiser la suppression, je vous recommande l’extension Chickenfoot de Firefox. C’est un créateur de macro web en javascript. Très bien, très facile, il y a un mode qui permet d’enregistrer ce que l’on fait et de le transformer en macro, sans avoir besoins de connaitre le langage.

    J’ai eu 600 spams dans des commentaires, je parle par expérience. Et c’était pour du viagra.

  7. Pierre Morsa août 19th, 2010 17:55
    MyAvatars 0.2

    @jc1 : merci beaucoup, je ne l’avais pas vu. Je viens de remédier au problème (je l’espère définitivement…)

    Les hackers étaient probablement russes car il y avait des commentaires en russe dans le fichier !

  8. comdecrise février 24th, 2011 19:13
    MyAvatars 0.2

    Bonjour,

    Très bon article ! Je vous invite également à venir voir notre dossier :Le cas BP
    qui rassemble de nombreuses interviews d’experts en communication de crise sur le sujet.

  9. Pierre Morsa février 25th, 2011 14:25
    MyAvatars 0.2

    @comdecrise : merci pour ces liens. Je ne suis moi-même pas spécialiste de la communication de crise, il est intéressant d’avoir l’avis d’experts du domaine.

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