Analyse résumée des débats McCain - Obama et Palin - Biden
Tous les débats ont eu lieu entre les candidats à la Maison Blanche, John McCain et Barack Obama, et entre les candidats vice président, Sarah Palin et Joe Biden. D’ici peu de temps les Américains connaîtront le nom de leur nouveau président, un choix qui, en ces temps troublés, peut complètement changer la face du monde dans les prochaines années.
Initialement, je voulais analyser chaque débat comme le premier , mais cela s’est avéré inutile. En effet, après avoir regardé le face à face entre Sarah Palin et Joe Biden il n’y avait pas assez de matière pour écrire un article, j’ai donc préféré regarder les trois débats restants et faire un résumé global. Vous trouverez en fin de cet article un lien vers les vidéos complètes de chaque débat.
Encore une fois, l’objectif de ce blog est d’analyser les qualités d’orateur de chaque candidat, et d’apprendre de leurs forces et faiblesses. Je ne donnerai donc pas mon avis sur le contenu des programmes, sauf lorsque cela impacte directement l’efficacité de chaque candidat.
Un rappel sur le background de chaque candidat
John McCain avait la réputation d’être très bon lors de débats de type “town-hall”, qui était le format adopté pour le deuxième débat, et d’être un peu moins bon en débat en tête à tête. Les sondages le donnaient en retard après le premier débat, il devait donc trouver le ton juste pour rallier les indécis à sa cause.
Barack Obama, fort de son avance et de sa bonne prestation lors du premier débat, abordait les deuxième et troisième volets avec l’objectif de ne pas perdre cette avance. On verra comment il s’y est pris.
Sarah Palin était un vrai coup de poker pour McCain. Totalement inconnue du public, jeune, elle a tout de suite été mise sous pression par les média. Malgré cela, elle a ébloui lors de son premier speech à la convention Républicaine ; parfaitement préparée par les conseillers en communication républicains, elle a fait preuve d’une résistance au stress et d’une confiance en elle impressionnantes. Malheureusement, entre ce premier speech et le débat elle a réalisé de rares interviews avec le presse, qui se sont toutes transformées en fiasco pour elle. Incapable de donner le nom d’un journal qu’elle lit, donnant des réponses à côté de la plaque, elle a perdu en quelques jours tout le crédit qu’elle avait gagné. Les spectateurs attendait donc d’elle qu’elle n’échoue pas.
Joe Biden, son opposant était tout l’opposé. Vieux briscard de la politique au niveau international, il abordait le débat avec une réputation de débateur très expérimenté, mais prompt à en dire trop, donc de faire des gaffes. Les gens allaient donc faire particulièrement attention aux éventuelles bêtises qu’il aurait pu dire.
Les leçons des débats
Les débats, un exercice de plus en plus policé
Les débats sont porteurs d’enjeux énormes pour chaque camp. Aussi ceux-ci veillent à contrôler chaque petit détail pour limiter les risques. Les républicains ont ainsi exigé que le temps de réponse de Sarah Palin soit limité à 2 minutes (je vous laisse apprécier pourquoi), alors que les Démocrates ont été très attentifs au placement de chaque candidat.
Résultat ? Au final aucun débat n’était vraiment inspirant, et j’admets avoir eu des difficultés à les regarder de bout en bout. A chaque fois, les limites imposées et la peur de l’erreur ont fortement limité les émotions et les prises de risque de chaque candidat, rendant l’exercice assez monotone.
Une bonne apparence ne peut sauver un manque de fond
Et heureusement. Sarah Palin manquait cruellement d’expérience et de connaissances pour aborder le débat. Elle s’est limitée à des réponses préparées. Face à elle, Joe Biden a probablement réalisé le meilleur débat de sa vie. Le résultat a été sans appel. Durant un débat d’une telle importance, vous ne pouvez pas vous contenter de juste “ne pas échouer”, comme Sarah Palin l’a fait. Vous devez démontrer votre capacité à diriger un pays.
Si vous voulez gagner, vous devez comprendre vos électeurs…
…et leurs préoccupations. Lors du premier débat, la différence était flagrante, John McCain n’a pas parlé de la classe moyenne, alors que Barack Obama en a fait le centre de sa campagne. Pour pouvoir composer un message efficace, la première chose à se demander est “qu’est-ce qui empêche mon audience de dormir ?”
L’attaque destructive n’est pas une bonne stratégie
Beaucoup de commentateurs ont relevé que le camp McCain-Palin était toujours beaucoup plus à l’attaque que le camp Obama-Biden. La première idée est de ce dire qu’un candidat qui attaque est dominant et va donc paraître plus performant que son opposant. Pourtant ce ton agressif n’a pas du tout fonctionné pour John McCain. On pourrait penser que c’est un exemple isolé, mais ce n’est pas le cas, les exmples abondent ; cela n’a pas non plus marché pour Ségolène Royal dans son débat contre Nicolas Sarkozy, ni pour Al Gore face à George Bush, ni pour Ross Perot face à Al Gore ! Je pense qu’il y a plusieurs raisons :
- Cela dépend beaucoup de la réaction de l’adversaire que vous avez en face de vous : si celui-ci commence à accepter de répondre aux attaques et à se justifier, vous gagnez en étant agressif. Mais si celui-ci garde son sang-froid et répond de manière constructive, l’attaquant apparaît comme étant peu maître de ses émotions, alors que son adversaire montre qu’il est capable de faire face aux situations difficiles.
- Attaquer prend du temps, pendant lequel vous n’avez pas le temps de passer un message positif. Obama l’a bien compris, il a toujours utilisé son temps dans chaque débat à se focaliser sur son message positif.
Pour combattre les Spin Doctors, cherchez la vérité
Les Spin Doctors, ce sont ces conseillers en communication qui cherchent à présenter des faits de manière différente pour en tirer un avantage. Ainsi, l’événement de Joe le Plombier a beaucoup fait parler d e lui.
Durant le dernier débat, John McCain a joué la carte Joe le Plombier à fond. Mais malheureusement, ce coup de bluff n’a pas résisté à la réalité, qui était que Joe le Plombier n’était qu’un imposteur.
Face aux mensonges, la meilleure arme est la sagesse et l’honnêteté.
Dans trois ans, il ne restera que les messages avec émotions
Dans trois ans, nous aurons pratiquement tout oublié. Les seuls moments des débats dont nous nous souviendrons sont ceux durant lesquels nous avons ressenti une émotion. Le moment où Joe Biden a parlé de sa famille. Le moment où Sarah Palin a fait rire toute l’assemblée avec sa blague sur le Pitbull et le rouge à lèvres. Nous nous souviendrons des moments où Barack Obama a soulevé les foules, mais nous aurons oublié son message. Les paroles s’envolent, les émotions restent.
Notes sur le dernier débat McCain-Obama
C’était probablement le meilleur débat de McCain, et si ce débat avait été le premier cela aurait pu influencer les sondages en sa faveur. Malheureusement, c’était trop tard. De plus, le ton négatif de sa campagne a probablement fortement diminué la crédibilité de ses attaques durant le débat. John McCain a compris trop tard où se jouait la victoire. L’amérique a changé. Barack Obama, par sa candidature, a déjà changé beaucoup de mentalités.
Conclusions
Le vainqueur n’est pas encore connu. Cependant une majorité d’américains donne Obama gagnant. Les éléments clés qui ont fait pencher la balance en faveur d’Obama :
- Un ton positif durant toute sa campagne. Et cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé.
- Le manque de crédibilité de Sarah Palin, la co-listière de John McCain.
- Dès le début, il a compris que la victoire se jouerait sur l’économie. Il a repris le fameux slogan de la campagne de Bill Clinton “C’est l’économie, idiot !” (It’s the economy, stupid !)
- Les mauvais conseils prodigués à McCain par son équipe de campagne. John McCain aurait très bien pu conduire une campagne positive, en tant qu’homme, il a toutes les qualités requises pour le faire. Il a été victime de la culture de son parti.
Ce qui est sûr, c’est que suite à ces débats beaucoup de spécialistes de la communication vont devoir rénover leurs méthodes. Chaque camp va apprendre et analyser les résultats, et il sera très intéressant de voir l’évolution dans 4 ans. En attendant, Colin Powell, un des Républicains les plus respectés aux Etats-Unis, vient d’apporter son soutien au candidat Démocrate, Barack Obama. Cet événement suffit, à mon sens, à résumer le résultat des débats.
Annexe : les vidéos complètes de chaque débat
Premier débat :
Débat Sarah Palin - Joe Biden
Deuxième débat :
Troisième débat :
5 commentsAnalyse des techniques d’art oratoire du débat Barack Obama - John McCain
Le débat entre John McCain et Barack Obama a donc bien eu lieu. J’avais prévu de le regarder, mais finalement je me suis endormi ! Heureusement, youtube est mon ami et je l’ai regardé en différé.
Encore une fois, je ne me prononcerai pas sur le fond du débat, mais uniquement sur la forme.
Le regard
Ah la question du regard, elle déclenche les passions, preuve de la charge émotionnelle très intense que porte le regard. Bizarrement, et pour la première fois dans un débat télévisé, John McCain n’a pas du tout regardé Barack Obama pendant tout le débat. Les interprétations de cette attitude sont diverses selon les deux camps évidemment, mais au final le consensus est que ce comportement donne l’impression que McCain n’est pas à l’aise et n’ose pas faire face à Barack Obama.
La voix
Obama a une voix pour être orateur. Sa voix est calme, posée, grave (il est plus agréable d’écouter une voix grave qu’une voix aiguë) et projette une image de confiance et de force. La voix de John McCain était moins assurée au début, probablement à cause du stress. Ce manque d’assurance a vite disparu et McCain a été beaucoup plus convaincant lors de la fin du débat.
Le rythme
De ce côté, il c’est Obama qui a eu le défaut de faire trop de pauses durant ses interventions. Ne pas parler trop vite est important pour ne pas paraître nerveux et laisser à son auditoire le temps de tout assimiler, mais trop de pauses casse la dynamique du discours. Obama a également quelques “euh” parasites pour combler le silence lorsqu’il réfléchit. Le truc pour éviter les “euh” est assez facile à maîtriser mais peu connu : il faut continuer à garder le contact visuel. Regardez bien Obama, chaque fois qu’il dit euh, il regarde vers le bas, il se déconnecte de son audience.
La position du corps et les gestes
Les deux candidats sont des orateur confirmés, aucun n’a donc une mauvaise position ou des gestes déplacé. Cependant si on regarde bien les détails, on peut remarquer que John McCain est plus souvent les bras collé au podium, alors que Barack Obama a des gestes plus expressifs et semble un peu moins crispé.
La rhétorique
Vous avez raison, MAIS : cette figure a été utilisée 9 fois par Obama durant son discours. Il commence par reconnaître qu’il partage certains éléments du discours de John McCain, et enchaîne directement par un “MAIS…”, où il explique quelles sont ses différences de point de vue. Cette façon de procéder dans une réplique fait apparaître Obama comme étant plus constructif et sincère. Cependant il ne faut pas en abuser sous peine de donner l’impression d’être trop peu combatif ou de ne pas être capable de trancher.
Utilisation d’images qui marquent l’esprit : ce n’était pas le point fort de ce débat. Les candidats auraient tous les deux pu utiliser des images beaucoup plus frappantes. Voici néanmoins deux perles relevées par Bert Decker :
Je regarde Putin dans les yeux et j’y lis trois lettres : KGB. — John McCain
Vous voulez utiliser une hache alors que vous avez besoin d’un scalpel. — Barack Obama
Spin : le spin est une façon de déformer les faits pour qu’ils correspondent à votre vision. Par exemple, présenter des chiffres de manière partielle et hors contexte est un spin. Il n’y a pas eu de spin spectaculaire durant ce débat. Un des meilleurs exemples de spin a été donné par Ronald Reagan. Il savait que son âge était un désavantage pour lui. Il savait qu’il ne convaincrait personne en disant qu’il n’était pas trop vieux. Alors il a eu ce spin génial : “Je ne ferai pas de mon âge un point de ma campagne. Je n’exploiterai pas l’inexpérience de mes concurrents pour des raisons politiques.” En une phrase, il a transformé une faiblesse en force. Ceci dit, je déteste cette tactique car elle ne fait que dégrader la qualité d’un débat.
Mode pitbull : John McCain était beaucoup plus agressif. Il a fait beaucoup plus d’attaques directes sur Barack Obama. Ce dernier n’attaque directement que très rarement. Obama préfère en général parler de désaccord entre John McCain et lui. Mon avis ? Montrer trop d’agressivité directe n’est pas une bonne tactique.
Toucher son auditoire : chaque candidat a bien fait attention de mettre les individus au centre de leurs discours. Ils ne s’adressent pas à l’Amérique au général, mais à la classe moyenne, aux pompiers, aux travailleurs. Ils doivent choisir entre être trop générique et ne toucher personne et être trop précis et ne toucher qu’une toute petite partie de leur public. C’est un des points clés pour ne pas paraître froid et distant.
Conclusions
Le consensus au lendemain semble être que le débat a légèrement fait progresser Barack Obama. Le débat, cependant, a beaucoup parlé de politique étrangère, et ce n’est visiblement pas la préoccupation principale des américains à l’heure actuelle.
Plus que les autres débats entre les deux candidats à la présidence, je suis beaucoup plus intéressé par le débat entre Sarah Palin et Joe Biden, les deux possibles futurs vice présidents.
Qu’en disent les autres ?
J’ai fait un rapide tour des experts en communication sur le Web. Les avis convergent sur un point : ce débat était peu animé, et n’a probablement pas énormément influencé les voteurs.
Bert Decker, un spécialiste en communication qui a l’habitude de donner une analyse assez objective des candidats des deux partis, pense que le débat était plutôt favorable à McCain car il s’en est finalement mieux sorti que ce que prédisaient la majorité des observateurs.
Les autres avis qui ont été publiés sont plus sujet à caution, car ils sont tous publiés par des analystes avec un parti pris évident pour les Républicains ou pour les Démocrates.
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