Leçons à tirer du débat télévisé sur les élections européennes
Avez-vous vu le débat pour les élections européennes ? J’en ai vu une partie ; je n’ai malheureusement (ou heureusement ?) pas pu en voir le début. Je voudrais néanmoins revenir dessus car il a illustré parfaitement plusieurs des points abordés sur ce blog.

Le débat à plusieurs : une autre forme de réunion
Mon article sur les réunions avait suscité pas mal de réactions : on a accusé Bob d’être un mauvais organisateur, d’avoir une faible culture organisationnelle, de manquer de méthode, etc.
Le débat de jeudi avait finalement beaucoup de similitudes avec une réunion à plusieurs, comme il s’en déroule des milliers chaque heure partout dans le monde. Par rapport aux réunions classiques, l’organisation était stricte : un objectif clair, un temps d’intervention limité, interdiction de couper la parole, etc. Et pourtant son déroulement chaotique prouve que la meilleure organisation du monde ne peut arriver à rendre une réunion productive et utile lorsque les participants n’ont pas d’intérêt commun, mais au contraire des agendas personnels très chargés.
Non seulement l’objectif qui était de donner envie aux gens d’aller voter n’est pas atteint, mais la perception des électeurs des élections européennes est pire après le débat qu’avant.
Le choix de la destruction au lieu de la construction
La critique systématique est véritablement devenu un poison qui tue les interventions des hommes et femmes politiques. Encore une fois pendant ce débat, beaucoup de candidats ont gaspillé leur temps de parole en attaques stériles contre les autres personnes présentes. La critique, utilisée pour attaquer les idées et non les candidats en tant que personne, doit évidemment faire partie de la communication de l’homme politique.
Mais nous avons atteint un point durant le débat où ces attaques sont devenues personnelles et sont devenues le cœur des échanges entre une partie des participants.
Le résultat ? Ces candidats sont apparus comme étant destructeurs plus que constructeurs et rassembleurs. La critique systématique et l’attaque personnelle d’autres candidats ne peut fonctionner qu’auprès d’une certaine catégorie de militants déjà convaincus. Or ce ne sont pas ces militants qu’il faut convaincre, mais les autres téléspectateurs, ceux qui peuvent potentiellement se rallier à votre cause mais qui pour cela ont besoin d’une bonne raison pour justifier leur choix. Et pour cela, il faut leur donner des arguments positifs et constructifs, qui répondent à la question…
… Pourquoi est-ce important pour moi ?
Oui, pourquoi est-ce important pour moi, citoyen de l’Europe, d’aller voter ?
C’est simple comme question, non ?
Pourtant si les citoyens comme vous et moi comptaient sur le débat pour être informés, c’est complètement raté.
Par exemple sur l’adhésion de la Turquie dans l’Europe : le débat a porté sur des définitions techniques abstraites comme des limites géographiques de l’Europe et les critères d’adhésion. Presque personne (notez bien, j’ai dit presque personne) n’a répondu à la question cruciale : pourquoi l’adhésion de la Turquie serait une bonne ou une mauvaise chose pour moi, citoyen Européen ?
Même les spots télévisés de la plupart des partis sont creux. Alors, s’il vous plaît, donnez-moi un bénéfice clair qui me touche directement et qui résultera de mon vote le dimanche 7 juin.
On n’est pas à la criée
Un des représentants présents sur le plateau a commencé à littéralement hurler dans le studio pour faire entendre ses critiques. Elles étaient tellement peu compréhensibles qu’il aurait pu crier un mégaphone, cela n’aurait rien changé ; il n’aurait pas été entendu.
Si vous devez élever la voix au point de devoir crier, arrêtez-vous. Non seulement vous ne serez pas mieux entendu, mais vous aurez l’air d’avoir complètement perdu le contrôle de la situation.
Cela rappelle la fameuse scène où Edouard Balladur criait sans aucun résultat « je vous demande de vous arrêter ». Sur le long terme, peu de personnes se souviennent de la cause de la discorde, mais beaucoup se souviennent de sa situation temporaire d’impuissance.
Conclusions
J’irai bien voter ce dimanche, car c’est un geste crucial dans la préservation de ce droit fondamental qu’est la démocratie. Certains partis ont des idées et un vrai programme pour l’Europe. Pour qu’elle continue à être un instrument de paix entre nos pays. Pour qu’elle contribue à l’amélioration concrète de nos conditions de vie.
Il est tellement regrettable que le débat n’ait pas pu être utilisé pour communiquer sur ces éléments.
No commentsAnalyse des techniques d’art oratoire du débat Barack Obama – John McCain
Le débat entre John McCain et Barack Obama a donc bien eu lieu. J’avais prévu de le regarder, mais finalement je me suis endormi ! Heureusement, youtube est mon ami et je l’ai regardé en différé.
Encore une fois, je ne me prononcerai pas sur le fond du débat, mais uniquement sur la forme.
Le regard
Ah la question du regard, elle déclenche les passions, preuve de la charge émotionnelle très intense que porte le regard. Bizarrement, et pour la première fois dans un débat télévisé, John McCain n’a pas du tout regardé Barack Obama pendant tout le débat. Les interprétations de cette attitude sont diverses selon les deux camps évidemment, mais au final le consensus est que ce comportement donne l’impression que McCain n’est pas à l’aise et n’ose pas faire face à Barack Obama.
La voix
Obama a une voix pour être orateur. Sa voix est calme, posée, grave (il est plus agréable d’écouter une voix grave qu’une voix aiguë) et projette une image de confiance et de force. La voix de John McCain était moins assurée au début, probablement à cause du stress. Ce manque d’assurance a vite disparu et McCain a été beaucoup plus convaincant lors de la fin du débat.
Le rythme
De ce côté, il c’est Obama qui a eu le défaut de faire trop de pauses durant ses interventions. Ne pas parler trop vite est important pour ne pas paraître nerveux et laisser à son auditoire le temps de tout assimiler, mais trop de pauses casse la dynamique du discours. Obama a également quelques « euh » parasites pour combler le silence lorsqu’il réfléchit. Le truc pour éviter les « euh » est assez facile à maîtriser mais peu connu : il faut continuer à garder le contact visuel. Regardez bien Obama, chaque fois qu’il dit euh, il regarde vers le bas, il se déconnecte de son audience.
La position du corps et les gestes
Les deux candidats sont des orateur confirmés, aucun n’a donc une mauvaise position ou des gestes déplacé. Cependant si on regarde bien les détails, on peut remarquer que John McCain est plus souvent les bras collé au podium, alors que Barack Obama a des gestes plus expressifs et semble un peu moins crispé.
La rhétorique
Vous avez raison, MAIS : cette figure a été utilisée 9 fois par Obama durant son discours. Il commence par reconnaître qu’il partage certains éléments du discours de John McCain, et enchaîne directement par un « MAIS… », où il explique quelles sont ses différences de point de vue. Cette façon de procéder dans une réplique fait apparaître Obama comme étant plus constructif et sincère. Cependant il ne faut pas en abuser sous peine de donner l’impression d’être trop peu combatif ou de ne pas être capable de trancher.
Utilisation d’images qui marquent l’esprit : ce n’était pas le point fort de ce débat. Les candidats auraient tous les deux pu utiliser des images beaucoup plus frappantes. Voici néanmoins deux perles relevées par Bert Decker :
Je regarde Putin dans les yeux et j’y lis trois lettres : KGB. — John McCain
Vous voulez utiliser une hache alors que vous avez besoin d’un scalpel. — Barack Obama
Spin : le spin est une façon de déformer les faits pour qu’ils correspondent à votre vision. Par exemple, présenter des chiffres de manière partielle et hors contexte est un spin. Il n’y a pas eu de spin spectaculaire durant ce débat. Un des meilleurs exemples de spin a été donné par Ronald Reagan. Il savait que son âge était un désavantage pour lui. Il savait qu’il ne convaincrait personne en disant qu’il n’était pas trop vieux. Alors il a eu ce spin génial : « Je ne ferai pas de mon âge un point de ma campagne. Je n’exploiterai pas l’inexpérience de mes concurrents pour des raisons politiques. » En une phrase, il a transformé une faiblesse en force. Ceci dit, je déteste cette tactique car elle ne fait que dégrader la qualité d’un débat.
Mode pitbull : John McCain était beaucoup plus agressif. Il a fait beaucoup plus d’attaques directes sur Barack Obama. Ce dernier n’attaque directement que très rarement. Obama préfère en général parler de désaccord entre John McCain et lui. Mon avis ? Montrer trop d’agressivité directe n’est pas une bonne tactique.
Toucher son auditoire : chaque candidat a bien fait attention de mettre les individus au centre de leurs discours. Ils ne s’adressent pas à l’Amérique au général, mais à la classe moyenne, aux pompiers, aux travailleurs. Ils doivent choisir entre être trop générique et ne toucher personne et être trop précis et ne toucher qu’une toute petite partie de leur public. C’est un des points clés pour ne pas paraître froid et distant.
Conclusions
Le consensus au lendemain semble être que le débat a légèrement fait progresser Barack Obama. Le débat, cependant, a beaucoup parlé de politique étrangère, et ce n’est visiblement pas la préoccupation principale des américains à l’heure actuelle.
Plus que les autres débats entre les deux candidats à la présidence, je suis beaucoup plus intéressé par le débat entre Sarah Palin et Joe Biden, les deux possibles futurs vice présidents.
Qu’en disent les autres ?
J’ai fait un rapide tour des experts en communication sur le Web. Les avis convergent sur un point : ce débat était peu animé, et n’a probablement pas énormément influencé les voteurs.
Bert Decker, un spécialiste en communication qui a l’habitude de donner une analyse assez objective des candidats des deux partis, pense que le débat était plutôt favorable à McCain car il s’en est finalement mieux sorti que ce que prédisaient la majorité des observateurs.
Les autres avis qui ont été publiés sont plus sujet à caution, car ils sont tous publiés par des analystes avec un parti pris évident pour les Républicains ou pour les Démocrates.
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